À Taïwan, le ramassage des poubelles est réglé comme du papier à musique

Depuis août 2020, j’ai l’opportunité de décrire Taïwan avec mes propres mots chaque semaine sur Courrier International. Je m’attelle donc dans la rubrique « Cap sur Taïwan ! » à vous faire découvrir les merveilles de Taïwan et souligner les différences avec la France. Pour retrouver l’article original.

Instaurée en 1997 à Taipei avec le Trash off the Ground Movement, la collecte individuelle des déchets est maintenant bien ancrée dans mon quotidien et celui de mes voisins. Chaque soir, un ballet de sacs-poubelles bleus défile au rythme des éboueurs qui contrôlent le tri sélectif. 

Il est 22h30, les notes de “Für Elise”, de Beethoven, résonnent dans les rues de mon quartier, annonçant l’arrivée des camions-poubelles. 

Un outil avant tout écologique

Dans les années 1990, Taïwan a voté à la majorité pour un nouveau système de ramassage individuel des poubelles. Pour récompenser les actions écologiques et la réduction des déchets, la “taxe” de recyclage des poubelles n’est plus incluse dans les impôts mais payée lors de l’achat de ces sacs-poubelles bleus flanqués d’un “timbre fiscal”. Ces sacs sont dédiés aux déchets non recyclés qui iront dans la benne à ordure principale. Par conséquent, plus mes déchets sont importants, plus j’achète de ces sacs-poubelles officiels, plus le coût de cette taxe est élevée par rapport à ma consommation.

Ce n’est pas tout. Afin de réduire les coûts et de combattre les odeurs nauséabondes dues aux poubelles laissées sur le trottoir, le ramassage des poubelles est effectué… par la population! Chaque quartier a des horaires de ramassage des déchets auxquels les habitants peuvent déposer leurs ordures directement dans le camion. Grâce à ce système de recyclage, Taïwan est passé ces vingt dernières années de 0% à 55% de recyclage de ses déchets.

Le jeté de poubelle, tout un art

Mais attention, le système bien huilé peut vite paraître compliqué aux yeux d’un novice. Dans mon secteur, le camion-poubelle stationne de 22h45 à 23 heures tous les soirs pour récupérer nos poubelles et tout cela au rythme de la lettre à Élise, annonciatrice de son arrivée. Je dois déjà prendre mon courage à deux mains pour sortir à moitié éveillée en pyjama. Ensuite, au niveau du camion, mon cœur commence à être en proie à la panique : mon sac de déchets plastiques est-il bien trié? Ramassent-ils le verre aujourd’hui? Vais-je me retrouver nez à nez avec l’éboueuse pas commode qui refuse mes sacs mal triés? 

En effet, le système de recyclage a atteint un tel niveau de sophistication  à Taipei qu’il est facile de se tromper: les bouteilles en plastique ne se recyclent pas avec les autres détritus en plastique, les déchets organiques cuisinés ou crus doivent être séparés et jetés dans une poubelle spéciale compost… Si je voulais faire du zèle, il ne me faudrait pas moins d’une dizaine de poubelles différentes dans mon appartement pour trier correctement. Pour l’heure, je réussis déjà à trier le verre et mes déchets plastiques. 

J’espère qu’un jour l’éboueuse ne jettera même plus un œil dans mon sac-poubelle pour vérifier son contenu. En attendant, je me règle sur la musique du système de recyclage en admirant l’organisation exemplaire des Taïwanais.

Partage le :)

Similar Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *